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Les ETI face au défi de la biodiversité : retour sur notre table ronde annuelle avec Gilles Bœuf

  • il y a 1 jour
  • 5 min de lecture

Le Club ETI Occitanie a organisé, le lundi 8 juin 2026, sa grande table ronde annuelle avec comme thématique : « Les ETI face au défi de la biodiversité ». Face à l'urgence climatique et à l'effondrement du vivant, la préservation de la biodiversité s'impose désormais comme un impératif stratégique pour les ETI.


Pour la première fois, le Club a connecté simultanément Toulouse et Montpellier en duplex. À l’issue de son Assemblée Générale, qui a réuni une trentaine de dirigeants membres, notre association a ouvert sa table ronde à l'ensemble de son écosystème réunissant environ quatre-vingts participants.


Animée par Aline Gandy, déléguée générale du Club , cette rencontre a réuni les dirigeants de notre réseau autour d'un invité d'honneur prestigieux : Gilles Bœuf, biologiste de renom et ancien président du Muséum National d’Histoire Naturelle. L’objectif de cette session était de croiser l'expertise scientifique et la réalité opérationnelle des entreprises de notre territoire pour transformer les contraintes environnementales en leviers d'innovation durables. 


Gilles Bœuf : l’urgence de repenser notre rapport au vivant et de s'inspirer de la nature


Pour ouvrir la table ronde, Gilles Bœuf a livré un plaidoyer sans concession sur la nécessité absolue de reconsidérer notre place au sein du vivant. Rappelant la distinction fondamentale entre l’écologie et l’écologisme politique, il a insisté sur notre interdépendance totale avec les écosystèmes. « On grouille de bestioles. On grouille de bactéries. C’est ça, votre équilibre », a-t-il martelé pour illustrer que l'être humain est lui-même un écosystème interconnecté.


L'état des lieux dressé a mis en évidence des menaces systémiques et anthropiques majeures :


  • Des pressions directes sur les écosystèmes : le productivisme agricole qui empoisonne les sols, la surpêche qui vide les océans, la déforestation et le changement climatique accélèrent la dégradation de la nature.

  • Une pollution plastique alarmante : l'omniprésence des microplastiques constitue une crise invisible mais dramatique, chaque individu ingérant aujourd'hui l'équivalent d'une carte de crédit en plastique par semaine.

  • Un impact sanitaire direct : la destruction du vivant nuit directement à la santé humaine, l’orateur rappelant avec force : « Arrêtez de vous parler d’écologie punitive. La punition, c’est de faire un cancer ».


Pourtant, le scientifique a refusé de céder au fatalisme et placé fermement l’entreprise au cœur de la solution. Pour Gilles Bœuf, la nature est « la plus belle entreprise » du monde : un modèle d'innovation permanente, d'économie d'énergie et de recyclage intégral. Il a ainsi appelé les dirigeants à opérer une véritable « métamorphose » pour sortir d'une économie « alcoolique » basée sur la destruction des ressources, et s'engager vers le biomimétisme et la bio-inspiration.


S'inspirer des solutions développées par le vivant depuis des millions d'années est, selon lui, la clé pour concevoir un modèle économique régénératif où le profit ne se construit plus sur la dégradation des écosystèmes.


Les ETI sur le terrain : témoignages, trajectoires et verrous opérationnels


À la suite de ce cadrage scientifique, la table ronde a donné la parole à quatre entreprises adhérentes du Club pour témoigner de leurs réalités de terrain, de leurs avancées et des paradoxes auxquels elles font face.


  1. Énergies renouvelables et écosystèmes : le paradoxe des projets de terrain


Jean-Sébastien Bessière, dirigeant d’Arkolia (entreprise spécialisée dans le secteur des énergies renouvelables) et membre du bureau du Club ETI Occitanie, a partagé les difficultés rencontrées par les producteurs d'énergies décarbonées. Alors que la nécessité d'accélérer la transition énergétique est reconnue par tous, les projets se heurtent sur le terrain à des pressions réglementaires lourdes et à des oppositions locales systématiques. Déplorant un « défaut de confiance » de l’État envers les producteurs, il a rappelé qu'il faut compter entre quatre et cinq ans d'instruction administrative pour implanter une centrale solaire au sol en France, illustrant une tension permanente entre l'urgence climatique et la complexité administrative et sociétale.


  1. Complexité réglementaire : s'inspirer des bonnes pratiques européennes


Frédéric et Anne-Lise Melki, dirigeants de Biotope (bureau d’études en environnement), ont apporté une perspective comparative éclairante. En France, le développement d’un projet éolien demande sept à huit ans, contre seulement trois ans en Allemagne, en raison de phases d'autorisation trop longues et d'un taux de recours élevé. Pour protéger efficacement la nature tout en fluidifiant les projets, ils préconisent de s'inspirer du modèle allemand : dépasser l'approche obsolète et lourde du « espèce par espèce » (qui impose des dérogations fastidieuses) au profit d'une gestion globale centrée sur les espèces à enjeux majeurs et de mesures de compensation globales.


  1. De la stratégie carbone à la biodiversité : le déclic de la CSRD


Élodie Le Breton, directrice de la stratégie durable de GA Smart Building (promoteur constructeur bas carbone), a témoigné avec une grande transparence du cheminement de son entreprise. Historiquement très investie sur le carbone, la biodiversité y était restée au second plan, jugée plus complexe à appréhender par manque de « mode d'emploi ». La mise en application de la directive européenne CSRD et l'exercice de la double matérialité ont agi comme un véritable électrochoc, a témoigné Élodie Le Breton.

Pour bâtir une feuille de route solide, GA Smart Building s'est engagé dans le programme « Diag Biodiversité » de Bpifrance, aux côtés des experts de Biocenys, afin de cartographier finement ses impacts et dépendances sur l'ensemble de ses sites industriels et opérations immobilières. Les premiers résultats de ce diagnostic sont attendus à l'automne.


  1. Les technologies spatiales au service de la protection du vivant


Enfin, Stéphanie Limouzin, présidente de CLS (entreprise exploitant les technologies spatiales et les données satellitaires) a démontré que la haute technologie est un allié concret et indispensable pour la biodiversité. CLS utilise les données satellitaires pour suivre les animaux sauvages, étudier l'évolution du climat et aider les entreprises à surveiller l'impact de leurs chaînes d'approvisionnement contre la déforestation, par exemple. Soucieuse de lever le frein du coût souvent associé au spatial, CLS s’est engagée dans une stratégie de démocratisation en créant des outils plus accessibles et des plateformes par abonnement adaptées aux acteurs de toutes tailles (petits bateaux de pêche, gestionnaires de milieux naturels, etc.).



Innover et collaborer pour lever les freins collectifs


Les échanges avec la salle ont mis en exergue un fossé persistant entre la prise de conscience écologique globale et la capacité d'action des entreprises, souvent ralentie par la bureaucratie.


Des situations paradoxales ont été dénoncées, comme le blocage administratif de solutions écologiques innovantes locales (à l'instar d'un plancton marin pour traiter les vignes), alors que le marché continue d'importer des produits traités avec des molécules chimiques interdites en Europe.


Citant le philosophe Edgar Morin : « Il n ’y a pas un bouc émissaire et une solution », Gilles Bœuf a rappelé que la réponse réside dans la prise en compte de la complexité, le décloisonnement des disciplines et le renforcement de l’éducation (de la maternelle aux grandes écoles) pour former des futurs ingénieurs et décideurs dotés d'un esprit critique aiguisé face aux enjeux du vivant.


En résumé, nous pouvons retenir trois actions clés à engager dès maintenant par les dirigeants des ETI et PME de croissance :


  • Intégrer les principes du biomimétisme au sein des processus de recherche & développement (R&D) afin de co-innover avec la nature.

  • Auditer les modèles d'affaires pour s'assurer qu’ils ne reposent pas sur la surexploitation ou la destruction des ressources naturelles.

  • Faire évoluer les indicateurs de performance internes afin d'inclure le capital naturel dans le pilotage de l'entreprise.


Riche en partages d'expériences sans tabou, cette table ronde annuelle réaffirme la raison d'être du Club ETI Occitanie : cultiver l'intelligence collective pour accompagner nos fleurons économiques dans leurs mutations les plus critiques. Un immense merci à Gilles Bœuf ainsi qu'à l'ensemble de nos intervenants et participants pour la qualité de ces débats constructifs et porteurs de solutions.

 
 
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